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Friche Sensible : La Sapinière à Grigny (91)

L’Atelier « Conduire le vivant » de l’ENSP de Versailles

Cette expérience a commencé lors de l’atelier « Conduire le vivant : le droit à l’erreur », organisé par l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, avec les élèves de première année, en 2010. Quoi de plus intrigant comme intitulé d’atelier lorsque l’on s’attend en entrant dans une Ecole Nationale Supérieure à recevoir un enseignement construit, organisé, certain et infaillible. Là est tout le nœud de l’apprentissage dans cette école. Le but de cet atelier et d’apprendre aux étudiant à repenser un site en utilisant et en conduisant seulement le vivant présent sur place, sans ramener de matériaux de l’extérieur. Ainsi il est demandé d’analyser d’abord le vivant présent sur un site (son sol, la présence de forêt, de bois, d’arbres, de clairières ou la non-présence de tout cela) et ensuite, en établissant un plan de gestion (taille, entretien, gestion forestière, culture potagère, etc.), les étudiants doivent par petits groupes, transformer le site lors d’un chantier. En pratiquant la débroussaillage, l’élagage, la taille, la gestion du bois et la transformation des déchets trouvés sur site, les étudiants créent ainsi des clairières, espaces de détentes, structures, mobiliers, et mettent en valeur les richesses végétales existante sur le site.  « Le droit à l’erreur » vient ainsi du fait que lorsque l’on repense un lieu AVEC le vivant, en étant à l’écoute de celui-ci, de ses envies et de ses besoins, et s’adaptant à lui et non en le contraignant, on est jamais sûr du résultat. Et c’est en là que réside toute l’importance de cet atelier. Être à l’écoute du vivant est un apprentissage qui influence aujourd’hui ma vision de notre métier de paysagiste et plus largement de nos modes d’aménagement et d’habitat.

La Sapinière à Grigny (91) en 2010

Cette année-là, nous partons donc à la découverte de ce nouveau défi, et le site choisi est une friche urbaine en bordure d’une plantation de résineux, nommée La Sapinière, sur la commune de Grigny, dans l’Essonne. Mais plus qu’une friche urbaine, ce lieu contient tous nos maux urbains contemporains.

Cette plantation de résineux a été mise en place dans le but de faire un écran végétal entre la cour du Centre Pénitentiaire de Fleury-Mérogis et le quartier de La Grande Borne, reconnu comme un « quartier sensible », et qui représente aujourd’hui, comme beaucoup de grands ensembles développés en France dans les années 1960-1970, les erreurs urbaines majeures du XXe siècle en France, concentrant aujourd’hui l’éloignement urbain et social, la ghettoïsation ethnique et le rassemblement de population pauvres et d’origines immigrées loin des centre-ville.

Nous nous retrouvons donc a une cinquantaine d’élèves, sur cette friche entre ces deux hauts-lieux de nos maux sociétaux, à devoir repenser et « réaménager » ce site. Ainsi plus qu’un atelier sur la conduite du vivant, cette expérience a mêlé l’écologie, la gestion forestière et la greffe de fruitiers, à la réflexion sur le devenir et l’utilisation possible du potentiel vivant dans un tel cadre social et urbain.

La promotion d’élève s’est donc séparé en petits groupe afin de travailler et d’expérimenter sur des extraits réduits du site, chacun avec son sujet d’expérimentation, puis au bout de quelques mois, les différentes expérimentations ont été rassemblées afin d’aboutir à un plan d’aménagement et un plan de gestion à l’échelle du site. Toute cette réflexion s’est concrétisé lors du grand chantier final, où notre promotion de cinquante élèves, accompagnés d’enseignants et des employés communaux du Service des Espaces Verts de la ville de Grigny, avons transformé le site de la Sapinière durant un chantier de trois jours. Un chantier qui ne se voulait pas discret, a qui a attiré les regards curieux de quelques voisins, notamment des enfants du quartier. A la fin du chantier, une visite d’inauguration a été organisé où les habitants curieux ont pu venir se rendre compte du lieu transformé.

Après l’atelier étudiant : Suivi du site de 2010 à 2013

Mais là s’achève l’expérience étudiante et les élèves de l’école de Versailles repartent au bout de quelques mois de travail sur ce site et une transformation express, sans avoir pu y rencontrer ou y intégrer les habitants. Ainsi la Communauté d’Agglomération des Lacs d’Essonne a proposé de continuer le suivi de ce site avec quelques étudiants volontaires, sous forme de convention de stage.

C’est ainsi que notre petite équipe, composée d’Alexandre Malfait, Jeanne Roche, Clément Berthollet et moi-même nous avons continué à suivre le devenir de ce lieu durant  une bonne partie de nos études. Nous avons donc organisé avec le service des Espaces Verts de la ville de Grigny un mode d’entretien et de fauche raisonné, qui a apporté un peu de créativité dans le quotidien d’entretien des employés communaux. Nous avons également établi un plan de gestion forestière en expliquant qu’avoir une plantation de bois au sein d’une commune est d’une part une possibilité d’un lieu de promenade unique pour les habitants si celui est maintenu ouvert, entretenu et actif, et d’autre part une possibilité de revenus financiers si le bois est géré correctement. Mais la partie la plus enrichissante, la plus réjouissante mais aussi la plus délicate parfois, a été la relation aux habitants. Nous avons donc organisé des réunions de quartier afin d’intégrer les habitants au devenir de ce site et qu’ils puissent se l’approprier. Avec quelques-uns, nous avons entamé un potager public.

L’enjeu principal de notre travail était d’intégrer au maximum des acteurs du site, afin que lorsque notre convention se termine, le site puisse continuer à progresser de lui-même. Nous avions deux ans pour intégrer un mode de fonctionnement et des acteurs qui activent le site lorsque nous serions partis. Ce ne fut pas une mince affaire, mais un apprentissage considérable et passionnant.

Pour en savoir plus et découvrir les détails de cette mission, une plaquette finale a été réalisée afin de rendre compte du travail mené, des concrétisations et des difficultés rencontrées, et est lisible ci-dessous :

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