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La Plaine du Var : « Un laboratoire pour une ville du futur »

Travail Personnel de Fin d’Etudes à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles

Diplôme de Paysagiste D.P.L.G – 2014

Nous sommes en septembre 2013 et la ville de Nice commence à organiser le réaménagement de la plaine du Var. Les études économiques et écologiques sont sorties, le projet est lancé…et fait du bruit. Historiquement, la plaine du Var est une plaine alluvionnaire, le lit majeur du fleuve du Var, qui séparait autrefois les deux départements des Alpes-Maritimes et du Var, lorsque le Comté de Nice n’était pas encore français. C’est une plaine agricole, appelée le « grenier des Alpes-Maritimes », car ses récoltes suffisaient à nourrir tout le département, avec deux récoltes par an.

Encore aujourd’hui, du fleuve aux crêtes des collines niçoises, le site de la plaine de Var possède des ressources essentielles: de l’eau (puissante, car le fleuve peut être torrentiel), du vent (sur les sommets pelés et rocheux), de la forêt (qui pourrait-être remise en valeur) et des terres cultivables et fertiles. Les collines niçoises regorgent également de vallons appelés les « vallons obscurs », frais et humides, que les habitants utilisaient au siècle dernier pour conserver les récoltes au frais. Des adrets secs et méditerranéens aux ubacs et vallons, sombres, humides et frais, le Var et ses alentours possèdent également une richesse botanique surprenante et trop souvent méconnue.

 

Mais comme dans beaucoup d’endroits en France, l’ère de la construction, des grands ensembles et des zones d’activités est passée par là. Le fleuve a été endigué, la plaine construite.

En 2013, la plaine du Var n’était qu’une vaste zone d’activité. Alors se pose la question de la réamménager. Mais très rapidement, le projet de la future « Eco-Vallée » effraie, car il construit, surtout, et ne prévoie aucunement de réinstaller l’agriculture d’antan. Bien que les atouts paysagers, environnementaux du site soient connus et pris en compte,  la ville de Nice continue sur sa lancée en développant le bâti et le foncier, délaissant son patrimoine agricole et de biodiversité, depuis quelques temps déjà.  Elle se tourne toujours plus vers la ville moderne, technologique, l’importance du foncier et du tourisme, afin d’attirer toujours plus et de rayonner dans le monde entier. En décrivant ce projet en 2013, Mr le Maire de Nice, Christian Estrosi, a utilisé cette formule, reprise quelques fois par la presse, que j’ai trouvé très intéressante : « Nice est un laboratoire pour la ville du futur« . La ville du futur serait donc technologique, internationale et numérique.

Mais à une heure où la question du local devient omniprésente, où l’on constate l’hérésie de la mondialisation agricole, où tout vient de l’autre bout du monde alors que nous pouvons souvent le produire chez nous, et où le pic pétrolier pose la question de l’importance des énergies renouvelables et de l’autonomie, je me suis posé ces questions :

Et si la ville du futur n’était pas que technologique et numérique, en délaissant son passé, mais qu’elle associait avec intelligence les savoirs-faire de chaque époque ?Et si la ville du futur n’était pas forcément ce que l’on imagine dans les films de science-fiction, mais que l’homme arrivait à trouver cet équilibre, à utiliser tous les outils à sa connaissance pour lui permettre de vivre de manière écologique et locale, sans pour autant délaisser les nouvelles technologies ?

Il faudrait repenser notre système d’habitat, notre manière de s’implanter dans notre territoire, afin que chaque ressource du site puisse être utilisée, et permettre à chaque lieu de pouvoir accueillir des habitants et de pouvoir les faire vivre localement. Ainsi chacune de nos régions retrouverait l’importance de son patrimoines et de ses savoir-faire locaux, en mettant en valeur les richesses de leur paysage propre, avant de vouloir rayonner dans le monde entier.

UN NOUVEAU SYSTEME D’HABITAT POUR LA PLAINE DU VAR : PROCESSUS DE REFLEXION

LE PROJET DE GRAND TERRITOIRE : LES ISCLES DU VAR

Voici une carte paysagère de la plaine de Var, représentant sa situation géographique proche de la Ville de Nice,  ainsi que la répartition des espaces construits, plus ou moins denses, des zones d’activité, des forêts et des terres agricoles.

Un cadrage de Carros à Saint-Jeannet à été choisi pour expérimenter le projet dans une échelle plus adaptée.

Les entités d’habitat diffus / habitat dense / activités / agriculture sont disposés les uns à côté des autres, sans dialogue. Elles s’ignorent et fonctionnent de manière autonomes et solitaires.

Le paysage historique du fleuve du Var est historiquement marqué par ses iscles, des petits îlots de terre apparaissant au milieu du fleuve. Le paysage de la plaine du Var fonctionne également en « iscles » bien distinctes, que nous pouvons apparenter aux entités paysagères.

Ces iscles paysagères participent au fonctionnement de la plaine. Elles sont traversées par des lignes transversales puissantes que sont les routes départementales et le fleuve, créant une frontière forte. Et si ces iscles reprenaient leurs importances de quartiers, tous aussi important les uns que les autres, ayant chacun leur richesse propre et leur fonctionnement?

Les puissances des infrastructures linéaires doivent être amoindries, rendant plus perméable le paysage de la plaine et redonnant ainsi de la transversalité aux différentes entités.

UN PROJET DANS L’ESPACE ET DANS LE TEMPS

Il est important de penser aux différentes temporalités du projet pour changer durablement notre implantation et notre habitat. Un des problèmes observés dans l’aménagement du territoire aujourd’hui est la difficulté à penser les projets à la fois sur des temps court (le temps politique, le temps budgétaire, souvent dans l’urgence), tout en gardant un objectif pour le territoire sur le temps long. Chaque temps est important et des types d’interventions spécifiques existe pour chacun, permettant de transformer progressivement et durablement un territoire.

Au cours terme, d’ici les cinq prochaines années, c’est le temps de l’action, des installations à mettre en place pour déclencher un processus. Travailler sur les états d’esprits, les pensées, les structures, la réhabilitation du bâti existant, les infrastructures de transports qui peuvent créer un mouvement fort.

Il est important de retrouver un rapport au fleuve, de le reconsidérer comme un vrai lieu de promenades lorsqu’il est bas (en prévoyant ses montées d’eau, bien évidemment). Réinvestir les berges avec des structures de bois, des pontons. Historiquement, les pont construits sur le Var étaient en bois et étaient détruits à chaque crue. Peu de moyen était investi dans ces constructions, et on préférait les reconstruire après les crues. Ce rapport au fleuve et à ses constructions incite à penser le fleuve comme le lieu de l’éphémère. Des constructions de bois peuvent par exemple prendre place dans le lit du fleuve et se désinstaller/réinstaller voire se renouveler à chaque crue (comme c’était le cas des ponts dans la vallée du Var il y a deux cents ans). La crue n’est plus subie mais participe à la création spatiale du fleuve.

Aujourd’hui, une ligne de Tramway est prévue afin de relier la Plaine du Var jusqu’au Centre de Nice. Le Téléphérique urbain, par exemple, peut être une solution complémentaire. Ce type de ligne de transport apparaît aujourd’hui dans plusieurs grandes villes à travers le monde qui sont développées sur du relief. Cela permet de relier la ville haute à la ville basse, sans travaux sur le sol, donc peu de travaux coûteux. Une ligne pourrait aller de la rive est du Var, traverser le Var et aller sur la rive d’en face, jusqu’à Saint-Jeannet. Elle permettrait d’une part de relier les villes hautes aux villes basses, et de relier ces villes au centre de Nice, et de créer un geste fort dans les infrastructures proposées dans le pays niçois.

Les zones d’activités, parkings et bâtiments peuvent être réhabilités, repensés, recréés. Les lieux délaissés reconquis.

Les espaces publics, canaux et infrastructures ne doivent plus être pensés selon une linéarité nord/sud mais de manière transversales est/ouest afin de relier les deux rives et de réanimer le réseau hydraulique ancien. Les lieux publics peuvent être réaménagés. Ici un test sur un projet de Gare au bas des Coteaux de Bellet, à côté de l’arrêt existant du train, comme point de départ de la ligne téléphérique Bellet-St Jeannet.

Dans le temps intermédiaire, sur une trentaine d’année, installer petit à petit un nouveau système d’habitation. Repenser le réseau des villages et des villes, l’installation de l’activité, l’organisation du territoire.

Retrouver également le jeu des canaux existants autrefois dans la plaine agricole, permettrait d’une part de retrouver un système d’irrigation et un savoir faire ancien, mais également de remettre en place une trame transversale est – ouest et progressivement rendre perméables les routes départementales afin de relier les coteaux au fleuve.

Ainsi la plaine n’est plus un alignement linéaire de zones aux caractéristiques spécifiques, mais un réseau. Un réseau de points-carrefour (les villages, places publiques, gares…) reliés entre eux par des voies, transports, espaces publics, sur tout le territoire, des coteaux au fleuve.

Au long terme, le socle et les éléments deviennent primordiaux. Au bout d’une cinquantaine d’années, l’habitat et l’architecture évolue, les transports également, les espaces publics. Mais ce qui reste sur le long terme, c’est notre rapport au socle, au sol, aux forêts et aux éléments tels que le vent et l’eau. Ainsi l’observation des différentes zones et techniques inspirées de la permaculture et de l’agro-foresterie peuvent être adaptées à la grande échelle et permettre de faire fonctionner un territoire de manière locale. Ce système peut commencer à apparaître lors des premiers projets d’aménagements, d’urbanisme et de gestion forestière. Mais le but à atteindre est de poursuivre cette réflexion afin que tous les éléments de ce réseau fassent partie d’un tout et permettent de faire fonctionner le territoire en autonomie.

Au lieu que chaque ressource et chaque acteur soit disposé de manière fermée sur le territoire, isolé aux autres, le tout peut-être mis en réseau et les productions de chaque acteur peuvent servir à un autre.